Comprendre les TCA, c’est mieux reconnaître l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie et les mécanismes psychologiques qui les accompagnent.
Anorexie et boulimie sont souvent opposées dans le langage courant, alors qu’elles partagent des liens cliniques et psychologiques étroits.
L'anorexie et la boulimie ne se distingue alors plus très facilement. Dans le langage courant, l'anorexie c'est quand on ne mange pas et la boulimie c'est quand on mange trop et qu'on se fait vomir.
Tout d'abord, la boulimie, ce n'est pas forcément quand on se fait vomir mais quand il y a une quantité importante de nourriture ingérer, suivi d'un sentiment de honte et de culpabilité. La boulimie est avant tout un comportement.
Quant à l'anorexie, la restriction alimentaire peut être cachée par des comportements "apparemment adaptée", où la personne va se nourrir devant les autres en compensant par la suite avec des vomissements par exemple. Il y a aussi la personne qui souffre d'anorexie avec crise de boulimie qui va alterner des périodes plus ou moins longues de restriction alimentaire avec des crises de boulimie.
Mais l'anorexie et la boulimie, en tant que comportement, sont souvent liés, comme une photo et son négatif. Selon les recherches actuelles, 50% des personnes souffrant d'anorexie restrictive évoluent vers la boulimie (le comportement, pas forcément la boulimie nerveuse). Le chemin inverse est en revanche extrêmement rare. C'est pourquoi certains praticiens et chercheurs estiment l'anorexie et la boulimie comme l'évolution d'un même trouble. La restriction démarrerait le trouble qui évoluerait vers la boulimie.
Anorexie ou boulimie? Cette question fait référence à 2 comportements différents. La question que l'on peut alors se poser est : qu'est ce que l'anorexie mentale et la boulimie nerveuse?
Selon la classification médicale, l'anorexie mentale se décline en 2 groupes : de type restrictif, ou avec crise de boulimie. Alors qu'est ce qui différencie l'anorexie mentale avec crise de boulimie, de la boulimie nerveuse? Il y a une alternance de restrictions alimentaires dans l'anorexie avec crise de boulimie (au travers de régime, sport à haute dose, dépense d'énergie en montant les escaliers plutôt que l’ascenseur...). En clair, il n'y a pas de boulimie nerveuse quand les crises de boulimie s'inscrivent dans un tableau clinique d'anorexie mentale.
Au final, l'important n'est peut être pas la classification d'un comportement, mais plutôt ce qui se passe au niveau psychologique. Et on se rend compte que des fonctionnements identiques se retrouvent dans le mental, mais surtout qu'une grande souffrance se cache derrière ces comportements et n'est malheureusement pas toujours entendue.
Comprendre le fonctionnement psychologique des troubles du comportement alimentaire.
La personne souffrant d'anorexie boulimie ne se réveille pas un beau jour avec une envie subite de régime. C'est le régime qui va révéler une réalité psychique latente jusqu'alors inconnue. L'anorexie mentale et la boulimie nerveuse ne sont donc pas qu'une difficulté alimentaire ; il y a derrière les comportements, tout un état d'esprit qu'il va falloir combattre.
Forcer une personne souffrant d'anorexie à manger, est peine perdue, et une crise de boulimie relève d'une pulsion incontrôlable. Lui exposer votre incompréhension face à son comportement alimentaire est comme vous expliquer que vous ne savez pas comment respirer correctement... Le mental anorexique est un état d'esprit qui est rodé dans son système comportemental ; ce qu'il faut, c'est comprendre la souffrance cachée et le fonctionnement psychique qui s'est construit dès l'adolescence derrière le comportement alimentaire.
« Je suis prisonnière de moi même. L'imprévu me déstabilise. »
L'anorexie n'est pas un arrêt volontaire de l'alimentation mais un interdit qui s'impose à la volonté du patient. La maîtrise s'est installée progressivement en vous dans une parfaite inconscience de ce qui vous arrivait. Aujourd'hui vous vivez parfois en toute conscience ce contrôle permanent, mais bien souvent contre votre gré. Vous êtes devenue votre propre prison, contrainte par des rituels, des impératifs de temps, une organisation de ministre. Cette maîtrise touche également votre vie affective et à bien y regarder, le moindre de vos comportements. Votre esprit fonctionne parfaitement bien et pourtant, même là, vous ne vous sentez pas libre. Vous n'êtes pas maîtresse de vous-même, c'est la maîtrise qui vous domine.
« Je me sens vide. »
Vous avez pourtant fait comme tout le monde : vous avez une famille, un métier, des histoires affectives… Et pourtant quelle que soit la construction que vous avez mise en place, vous vous sentez dans l'absurde de la vie. Vous avez construit des châteaux que vous n'avez pas la sensation d'habiter. Vous avez vécu, et pourtant rien ne semble s'être gravé dans le disque dur. « Je suis une femme sans histoire, j'ai tout pour être heureuse. » Les troubles du comportement alimentaire sont des pathologies de l'adolescence, ce moment où l'on passe des instants de l'enfance à la durée de l'adulte, où la vie s'inscrit dans le temps et les projets.
« Je mens tout le temps. »
Ce sentiment perdure durant toute l'évolution de la maladie. Vous déclinez tous les registres de la dissimulation : la forclusion, le déni, le mensonge, la manipulation… Vous avez le sentiment de porter en permanence un masque, un masque auquel vous allez finir par ressembler. Ce mensonge vous culpabilise et vous en avez honte car vous avez le sentiment que tout le monde le voit. Il ne touche d'abord que vos comportements alimentaires, mais finalement c'est toute votre vie. Sortir du déni est la première étape pour les anorexies restrictives, la première marche vers la guérison.
« Je suis envahie en permanence. C'est jamais calme dans ma tête. »
Lorsque votre esprit n'est pas occupé, et parfois même quand il l'est, vous êtes parasitée par des pensées alimentaires ou corporelles qui envahissent tout votre espace psychique. Présentes en permanence au début de la maladie, elles surviennent ensuite souvent au cours du traitement sous forme de crises.
« Je ne vaux rien. Tout le monde me félicite, mais je suis une imposture, tout ça c'est du bluff. »
Rien ne semble vous satisfaire : ni vos victoires, ni vos progrès, ni même votre avancée dans la vie. Tout ce qui vous ferait plaisir, vous donnerait de l'assurance, de la confiance en vous, tout cela est rejeté. Privée de tout regard sur vous-même, vous êtes privée de l'estime de soi, et même vos réussites ne peuvent servir à votre construction de vie. Ce manque vous rend insatiable, dans une perpétuelle quête de plus. Ce désintérêt donne parfois aux autres le sentiment de supériorité, de froideur de votre part.
« Tout doit être parfait. J'essaie d'être parfaite pour éviter qu'on voie à quel point je suis nulle. »
C'est une qualité et chez vous c'est une souffrance. Le perfectionnisme vient bien sûr du contrôle alimentaire. Il trouve refuge ensuite dans l'activité intellectuelle. Vous êtes souvent la meilleure, la première quelle que soit votre activité. Il faut aussi être parfaite dans les relations, toujours porter ce sourire, et être irréprochable. Plus que tout autre signe, ce besoin de perfection envahit toute votre vie et devient vite une prison. Il vient contrarier votre efficacité, vos capacités de création et vous avez du mal à discerner l'accessoire de l'essentiel. Pour une fois l'enfer ce n'est pas les autres, c'est vous.
« Je suis invivable pour mes proches. Si je me laisse aller, j'ai des idées noires. »
Quel que soit le stade de la trajectoire pathologique, la dysthymie est toujours présente. Ces atermoiements de l'humeur n'ont rien à voir avec de la dépression. Vous pouvez sur un moment de frustration, reliquat du désir de nourriture, devenir intolérante, colérique, violente… Ces moments sont brefs et souvent ponctués d'une prise de conscience, de regrets et d'excuses auprès de ceux qui ont vécu cette scène. Au sortir de la maladie, ces doutes existentiels, ce regret du temps perdu, cette culpabilité du mal fait à votre entourage, peuvent amener à des pensées suicidaires. Il faut garder à l'esprit que les troubles du comportement alimentaire sont la première cause de suicide avant même la dépression.
« Je n'ai pas de plaisir. Je ne sais pas ce que j'aime vraiment. »
Il s'agit de la difficulté à éprouver du plaisir. Non seulement le plaisir est absent de votre vie, mais si vous en éprouvez, il est immédiatement culpabilisé. À la sortie d'un film que vous avez aimé, d'une séance de massage… vous vous demanderez instantanément s'il n'y avait pas quelque chose de mieux à faire et le considérerez comme du temps perdu. Vous ne vous gratifiez jamais d'une réussite scolaire ou professionnelle. Votre vie est un long cortège de servitude dont le bonheur ne fait pas partie. Il n'est pas programmé, vous avez la sensation qu'il est dangereux car il met en danger la maîtrise.
« Le silence est le premier obstacle à franchir. »
L'anorexie n'est pas une maladie de princesse, mais même les princesses peuvent en souffrir. Si exposée soit-elle, Diana a eu le mérite de se l'avouer et le courage d'en parler.
« Je suis prisonnière du temps. En soirée, je ne suis jamais là. »
Se réconforter avec des souvenirs du passé, jouir de l'instant présent, concevoir des projets dans l'avenir… Autant de choses dont vous êtes privées. Votre espace-temps se limite au moment qui vient, au programme du lendemain ou des jours à venir, au mieux des semaines qui approchent. Vous comblez le temps sans le vivre. Vous êtes une éternelle spectatrice du bonheur des autres, qui semble être inaccessible pour vous. Votre pire ennemi : le temps libre, le temps vide, le vide… L'objectif est de passer de l'instant de l'enfance à la durée de l'adulte.
« Je me sens différente des autres. J'ai l'impression d'être sur une autre planète. »
Tous les symptômes participent à engendrer une difficulté relationnelle. L'alexithymie, les problèmes d'image corporelle, la fuite des lieux de convivialité, le sentiment d'être toujours incomprise, mais également la conscience de votre différence avec les autres. Leurs préoccupations vous semblent futiles, désuètes. Vous vivez dans l'intellect, le savoir, la réflexion, là où ils sont dans la recherche de sensations, le plaisir, le sexe… Rassurez-vous : les difficultés relationnelles ne sont pas la cause mais la conséquence de la maladie. Celle-ci guérie, vous retrouverez le chemin des acquisitions que vous avez manquées.
« Comment sortir de cette souffrance que personne ne semble entendre, ni comprendre ? »
La souffrance la plus fréquente est sans doute le sentiment d'être incomprise. Tout le monde se focalise sur le poids et la nourriture, comme si le reste n'avait pas d'importance. C'est bien d'une autre mort dont elles ont peur : la mort psychique, la perte de leur intégrité mentale. Les scarifications et les automutilations sont bien la preuve que la souffrance physique peut être un soulagement par rapport à la souffrance psychique. Il faut garder à l'esprit que les troubles du comportement alimentaire sont plus suicidogènes que la dépression elle-même.
« Je me sens habitée. C'est comme si on était plusieurs à l'intérieur de moi. »
Vous avez le sentiment d'être double et que les deux personnages qui vous habitent se livrent un duel permanent qui vous épuise. Les anorexiques restrictives les perçoivent comme un ennemi intérieur, une voix qui leur dicte leur comportement alimentaire, les insulte et à laquelle elles ne peuvent résister. Les boulimiques vomisseuses se sentent comme des automates manipulées par une force qui les dépasse, qui annihile leur volonté. Ces deux voix vous appartiennent, il convient de les réconcilier.
« Je ne ressens rien. »
Vous n'arrivez plus à exprimer vos émotions. Vous avez souvent la sensation d'être déconnectée de vos sentiments, de vos sensations, de vos désirs et plus encore de votre corps. Vous avez tendance, pour combler ce manque, à tout intellectualiser. Chez vous, tout passe par la tête, même les sentiments les plus archaïques. Ce mécanisme anesthésie tout, tant le malheur et la douleur que le bonheur. Vous êtes amputée de quelque chose qui fait l'essentiel de la vie.
« Corps je te hais. Je me sens toujours plus grosse. Mon corps ? J'ai l'impression d'être à côté et de le traîner comme un boulet. »
Vous avez toutes connu cette phase où plus vous maigrissiez, plus vous vous sentiez grosse. Ce stade dépassé, il n'en reste pas moins une disparité entre le corps tel qu'il est et celui que vous vous représentez. Seules la tête et la balance sont alors des témoins fiables de vos variations de poids, au mieux une préoccupation permanente qui vous amène à des vérifications constantes. Tant que la tête et le corps ne seront pas d'accord, vous ne vous stabiliserez pas.
« Je n'arrive jamais à choisir, à part le restaurant, toujours japonais ! »
On vous croit solide, organisée, rigide peut-être. Pourtant le doute a envahi votre vie quotidienne : c'est un enfer, au mieux une gêne. Tout élément nouveau dans votre vie, tout choix qui se présente, les changements de repère, vous jettent dans des questionnements sans fin, dans un conflit qui prend des allures disproportionnées par rapport à l'enjeu. Votre esprit s'est structuré à l'adolescence sur un choix unique : manger ou ne pas manger, puis sur une pensée dichotomique. Pour vous tout est noir ou blanc.
« Je n'ai aucune imagination. »
L'exercice de votre pensée n'a d'autre objet que de vous armer contre les pensées alimentaires et toutes les autres obsessions qui peuvent vous envahir. Vous êtes une intellectuelle malgré vous, obligée d'occuper en permanence votre esprit. Cette pensée opératoire est un instrument de contrôle terriblement efficace. On comprend bien alors que le temps libre, la rêverie, l'imagination, la création même, tout ce qui suppose que l'esprit se mette à distance de lui-même, vous soit interdit. Votre inconscient est muselé, vos rêves mêmes se réduisent souvent à des éléments de la réalité. Toutes les formes de respiration de la pensée comme l'humour, le second degré, l'association, seront abandonnées au bénéfice de la logique de l'efficacité.
Mais prise une à une, ces caractéristiques pourraient être autant de qualités. Associées, elles constituent le mental anorexique, cette pensée qui emprisonne. Vous avez parfois conscience de ne pas être comme tout le monde, que cette perfection vous prive de la vraie vie. Vous êtes parfois une spécialiste de votre trouble, mais le mental anorexique vous interdit d'en prendre conscience, ou vous met devant la certitude que ce que vous vivez vous ne pouvez le changer. Mais le changement est possible !
Déconstruisons les idées reçues qui entourent les troubles du comportement alimentaire.
Tu es folle !
Hystérique, dépressive, psychotique, borderline...tout le vocable psychiatrique y passe, et les traitements qui vont avec : tranquillisants, anti-dépresseurs, neuroleptiques, électrochocs. Leur erreur : prendre vos problèmes pour les débuts d'une maladie d'adulte, l'anorexie pour le symptôme d'autre chose. Votre trouble est singulier, il mérite une approche qui ne l'est pas moins. Même si votre mental est concerné : le mental anorexique ; il n'est pas pour autant une maladie.
Manger c'est une affaire de volonté ?
Les pensées alimentaires qui vous envahissent et vous interdisent de manger agissent contre votre volonté. En fait vous êtes double : une qui aimerait faire plaisir à tout le monde, et l'autre qui s'impose à vous et vous l'interdit. Ce conflit vous épuise.
Tu regrossis, tu es guérie ?
Cette reprise de poids signe simplement que vous êtes passée à la boulimie et que les vomissements ne sont pas loin. Vous n'êtes pas guérit, le mental anorexique est toujours là, qui vous impose sa dictature. L'anorexie restrictive et la boulimie sont les mêmes maladies à des moments différents.
C'est de la faute de vos parents !
Les parents sont désignés comme les grands coupables. Même si ce n'est pas toujours rose avec eux, vous savez qu'il n'en est rien. Dans la prise en charge à domicile à SOS Anor, ils deviendront des alliés thérapeutiques qu'il faudra former. Cela passe par la compréhension des troubles du comportement alimentaire. Des groupes de paroles leur sont destinés.
Vous voulez être à la mode ?
L'anorexie n'est pas l'effet d'un besoin de ressemblance avec d'autres, mais un trouble de l'image de soi. Si la maigreur est à la mode vous n'y êtes pour rien! Votre monde a fait de vous des égéries...bien malgré vous. S'ils avaient idée de votre souffrance et de votre solitude, ils n'envieraient pas votre minceur.
Une maladie de la modernité ?
Sissi Impératrice était la plus célèbre des anorexiques, la princesse Diana était la plus célèbre des boulimiques. L'histoire en est parsemée. La première description médicale remonte à Hippocrate, en somme, rien de nouveau sous le soleil! Avant elles mouraient d'une affection, de carence ; aujourd'hui vous êtes là pour crier votre différence. Et la Note Bleue compte sur vos témoignages (forum, facebook) qui aideront les autres.
Vous êtes une victime des sites pro-ana ?
Jamais une adolescente mis devant ces sites ne deviendra anorexique. Les images sont plutôt dissuasives. Ils sont particulièrement dangereux si vous êtes une boulimique vomisseuse et que vous tentez, au travers de leurs conseils, de vous remettre dans la restriction. La Note Bleue est une alternative à ces campagnes mortifères. Un jour vous irez sur les sites pro-ana, essayez donc La Note Bleue, d'ailleurs vous y êtes!
Une maladie de fille ?
Pas seulement! Les hommes souffrant d'anorexie sont plus nombreux qu'on ne le pense. On les retrouve dans les salles de gym, bourrés de protéines. Leur culte du corps n'enlève rien à leur souffrance. Le mental anorexique est le même, le raisonnement n'est pas moindre. Lorsque le début est précoce, ils sont rejetés des groupes d'ado taxé d'homosexualité, ce qui est faux. Ils seront donc repérés plus tôt, soignés plus tôt, guéris plus tôt.
Tu as envie de te suicider ?
L'idée de la mort n'est pas prévalente chez les anorexiques. Elles n'en ont ni peur ni envie. C'est leur entourage qui s'effraye devant leur inconscience du danger. L'anorexique est inconsciente des risques, et plus elle maigrit, moins elle les voit.
Tu as peur de quelque chose ?
D'être une femme, d'être une adulte de la sexualité... On ne compte plus les femmes mariées qui vivent avec leur anorexie mentale. L’anorexie est la rencontre d'un mauvais traumatisme à un mauvais âge, l'adolescence. Elle est le point de départ de la maladie, qui peut vous suivre toute votre vie si vous ne la prenez pas en compte.
Selon votre situation, vous pouvez approfondir la compréhension des troubles, trouver des pistes de soin ou découvrir des ressources complémentaires.