Tous les articles par Aude REHAULT

Et une envie de bouffer la vie qui creuse

Voici un beau témoignage d’une personne qui souhaite rester anonyme. Merci à « C » de nous avoir livré ses mots si intimes ; cet exercice n’est pas si facile, merci pour son courage…

C’est une histoire d’extrêmes qui se toisent, se plaisent, s’opposent et se confondent. Une histoire de limites, de frontières qui s’entrechoquent avant d’éclater en morceaux pour s’annuler et ne laisser qu’un vaste territoire, avec des possibles à l’infini –comme autant de moyens de se perdre. Parfois on y danse, on s’y sent libre, en pleine maîtrise de chaque instant qui s’y joue, et parfois on s’y épuise, le cœur en éclats, les rêves essoufflés. Ça n’est pas une mode, encore moins un jeu, ça n’est pas futile et surtout pas puéril. Je parle d’une histoire, celle d’une maladie, l’anorexie.

Une partie de ma vie fut occupée à n’être pas là, en place et lieu, à cultiver l’absence à grand renfort de silence, à ternir mon image en espérant au plus fort que l’on se détourne de moi, et qu’à l’usure, on finisse par m’oublier. Et tandis qu’à mon âge la jeunesse à l’entour se consommait tant et plus, je m’écorchais le cœur à tout refuser : l’amour, l’ivresse et la nourriture. Surtout la nourriture. A quoi bon manger ? Je me sentais de trop et je ne voulais rien, sinon le vide, alors c’est mon propre corps que j’avais décidé de consommer du dedans, mes propres sentiments que je voyais se consumer à vau-l’eau de mon repli toujours plus prononcé. Je comptais, triais, me restreignais encore et encore, et au plus mon corps se décharnait, au plus je le sentais vivre et me sentais m’appartenir. Je m’épuisais mais je jurais ainsi être en phase avec moi-même, dans la pleine maîtrise de ce qui me traversait, et surtout de ce qui ne me traversait pas. Je multipliais les excuses pour me détourner du monde, et je courrais après un idéal que je ne reconnaissais même pas dans ce trop plein informe. En réalité, je courrais après le rien, parce que je voulais tout, plus fort, plus loin.

 

Mais alors que je me prêchais un contrôle poussé à l’extrême et que je voulais la paix, tout autour nourrissait mon combat intérieur. Vous me conviez à votre table, j’y venais parfois, contemplais les plats défiler, comme des saisons complices, et je sentais les saveurs affleurer dans ma poitrine, séduisantes ou repoussantes. Je jouissais de n’y prêter qu’une maigre attention à peine assumée, même si à la vérité, tout en moi me hurlait d’y plonger et de m’y noyer dans un ultime abandon. Mais à ces heures d’affrontement, je n’entendais ni vos cris, ni vos prières ; toutes vos tentatives de me faire entendre (votre) raison venaient s’échouer aux quatre coins de mon indifférence. Et l’art de vous faire détourner vos yeux de mon assiette supplantait bien souvent celui de vous tenir tête pour ne rien avaler. Je n’ai pas pris le temps de vous expliquer cette euphorie, ce soudain jaillissement d’adrénaline qui irradiait mon corps en ne me nourrissant que trop peu, pas plus que je n’ai pris celui de vous préserver un tant soit peu de ma tyrannie débordante. Et au plus je refusais et vous renvoyais à votre terrible impuissance, au plus j’aiguisais mes contours. Des courbes, je passais aux angles et aux haillons qui les habillent le mieux pour faire illusion le plus longtemps possible. Je voulais gagner en légèreté, n’être plus qu’une ombre, sinon un souffle pour m’élever plus haut, dans l’espoir naïf de toucher les étoiles et pourquoi pas décrocher la lune. Mais j’ai eu beau m’échiner à extraire, je me prenais le tout en revers –vos regards, et le mien toujours plus dur, vos mots, et mes maux toujours plus lourds. J’ai eu beau me délester, me vider à la démesure, tout enflait en moi, prêt à exploser en un chagrin que vos bras n’auraient pas pu contenir. J’ai tenu avec un dédain à peine dissimulé, et pourtant, une caresse et le regard tendre qui l’accompagne au moment le plus inattendu auraient suffit à me faire m’effondrer, m’abandonnant tout entière à votre amour.

 

J’ai cessé de sourire quand je me suis retrouvée trop épuisée et trop seule, écroulée et presque inerte au beau milieu de ma passion violente –sans avenir à m’inventer, sans amour à me deviner. Et sur la toile douloureuse de mes désirs échoués, les larmes ruisselaient. On aurait pu trouver ça dramatiquement beau, mais j’avais bâti un empire duquel je me sentais désormais plus captive que jamais, et à y balancer ma solitude contre chacun des murs qui la consolidaient, j’étais persuadée qu’il n’y avait personne pour recevoir ma détresse, personne pour la deviner à la lumière du jour et me confier de l’espoir à profusion. Je m’étais tant épuisée à conquérir le droit d’être moi, en moi, malgré la béance de mes plaies ouvertes… mais mon avenir ne promettait déjà plus de me mener bien loin de ce contraste-là, celui du tout et du rien. Et à peine me parlait-on d’équilibre, que je leur riais au nez. Mon mal était sans nuances, vif et brûlant, à quoi bon espérer qu’au-delà tout se tempère à l’envie ?

A la vérité, je m’illustrais en paradoxe, car voilà qu’on me tendait une main, que je voulais prendre le bras, et qu’au demeurant de ma souffrance je ne m’emparais de rien. J’aurais voulu, pourtant, m’y laisser choir pour y puiser la force et l’impertinence de cette jeunesse en laquelle on croit. J’aurais voulu vous partager plus tôt le doute qui enflait derrière ma toute-puissance, sous les silences pesants des soirées à errer seule dans le noir ; celui-là même qui m’a permis, plus tard, de changer de direction et d’aller clopin-clopant vers la guérison. J’aurais vraiment voulu.

Je pourrais bien vous dire comment je composais au quotidien avec mon envie d’être là à bien des égards et celle plus sombre de consommer mon aurevoir. Je pourrais bien vous réciter ces lignes que je me répétais sans cesse pour m’obliger à avancer et à pousser plus loin mon amaigrissement. Je pourrais bien vous retracer les heures nocturnes passées à faire du sport, les plats jetés, les mensonges assumés et surenchéris dans la foulée. Je pourrais bien vous décrire les vomissements qui suivaient ces moments où je contrôlais moins, ma gorge irritée par l’acidité. Vous raconter mes passages trop fréquents sur la balance, à scruter la moindre fluctuation et à m’en sentir fière ou au contraire honteuse et détestable. Vous raconter aussi, ces instants face au miroir où mes doigts se promenaient sur ma peau, sur mes os, à l’affût du moindre relief pour mieux saisir mes contours et m’en sentir rassurée. Je pourrais bien quantifier ma perte de poids et afficher mon IMC au plus bas pour que vous me trouviez assez malade et que vous accordiez en conséquence du crédit à ce que j’avance ici. Je pourrais bien jeter des mots, les faire gicler sur le papier pour décrire votre incompréhension qui me giflait avec violence et me confortait dans l’idée qu’il me fallait couper le cordon, qu’importe que cela doive passer par le fait de me détruire. Oui, je pourrais bien vous livrer tout ça dans les détails, autant de pensées, de gestes déguelasses qui m’illustreraient malade dans toute ma splendeur, et qui nourrirait presqu’à satiété votre impitoyable curiosité. Mais le nœud du problème est ailleurs que dans ce qui se voit ; ailleurs que dans ce qui se palpe. Prenez donc le temps d’ouvrir cette enveloppe postée sous vos yeux, vous y découvrirez à l’intérieur la plus longue des lettres.

L’anorexie n’est pas tant l’histoire d’un corps que l’on veut parfait, que celle d’une souffrance plus intime et plus profonde. C’est la nécessité de se détruire avec la vie dans le collimateur, dans l’idée paradoxale de se sentir exister. C’est ressentir à l’extrême, et y faire face à la force de l’inverse –comme verrouiller les émotions pour ne pas avoir à assumer leur élan ou repousser l’autre parce qu’on a trop besoin de lui. C’est la peur de se perdre au-delà des contours, dans ce qui déborde, comme celle de ne pas parvenir à s’en libérer. C’est aussi tout ce que les prétendus connaisseurs ne disent justement pas à ce sujet. C’est encore, je crois, une histoire d’amour mal contenu, anarchique et volatile. Une histoire d’amour insatiable. C’est mon histoire, comme c’est cette autre histoire, celle de votre ami(e), de votre fille ou de votre sœur. C’est surtout une histoire personnelle, avec des tenants et des aboutissants non applicables à tous.

Mais ce qu’il y a de beau avec elle, c’est que l’on peut s’en sortir, et que lorsque c’est le cas, on se connaît mieux que quiconque, avec des armes précieuses pour affronter les affres de la vie. Parce qu’elle nous ouvre les yeux sur ces forces qui nous animent en deçà ; parce qu’elle nous fait prendre conscience de l’infinie richesse de la vie ; parce qu’elle nous apprend l’amour différemment et l’espoir, démesurément.

« C »

 

Un corps – des corps… l’intérêt d’un groupe psycho-corporel pour les troubles du comportement alimentaire

Voir et être vu...voilà le credo d’une pratique groupale à visée thérapeutique pour les patients atteints de troubles du comportement alimentaire.

En effet, nombreuses sont les patientes qui témoignent de leurs tendances à la comparaison…avec les passants dans la rue, des amis, des models sur des photos,…et toujours cette même interrogation anxieuse et répétée à l’égard de leur entourage, leur conjoint ou encore à soi-même: « Suis je comme celle-ci ou cela, suis je plus grosse, plus mince,…? »

Chercher un miroir, un reflet quand le miroir intérieur est aveugle, quand nous ne savons plus comment nous sommes…voilà l’Image du Corps altérée, floue, peu rassurante et qui freine considérablement le processus de guérison des personnes atteintes de TCA.

Bien souvent l’Image du Corps est mal ou peu intégrée,…la patiente tente de se « bricoler » une image à partir de ce qu’elle voit chez l’autre…mais se fie peu à sa propre image mentale, faite de sensations, de perceptions somesthésiques, kinesthésiques, proprioceptives et tactiles, qui parfois seront interprétées à l’opposé de ce qui est vu de l’extérieur.

Au-delà du visuel, qu’en est-il de la proximité du corps de l’autre, comment donner une place à son propre corps parmi les autres? C’est toute la question du corps en sa qualité de vecteur de communication qui s’y pose, du corps en relation. Des attitudes et des postures, souvent inconscientes, reflètent la relation que la patiente entretient avec son propre corps mais aussi avec les autres. Nous observons des attitudes de repli postural, d’inhibition psychomotrice trahissant des difficultés à habiter son corps. Difficile dans ces conditions d’entrer en relation avec l’autre et en effet, la personne malade s’isole peu à peu, réduisant ses relations sociales au stricte minimum.

C’est là tout l’intérêt de travailler ces questions dans un groupe, qui permet de prendre le risque de s’exposer mais aussi de s’y sentir contenu. Le corps groupal a l’avantage de soutenir des mouvements identificatoires. Le cadre spatial et temporel y constitue un contenant, une aire de jeu où se mettront en scène le rapport de la personne à son corps et à celui des autres.

Synnewa Meyer (psychomotricienne)

 

Emission de télé

« Faut-il instaurer en France, comme en Israël et en Espagne, une loi qui impose un IMC minimum pour les mannequins? A l’heure où des agences, en Suède, recrutent des filles à la sortie des cliniques pour anorexiques… »

Voici le sujet débat proposé par la chaîne numéro 23 (TNT) lors de l’émission « Hondalette dimanche », le dimanche 19 à 20h45. Le Dr Meunier y est convié pour donner son avis à ce sujet.

Cliquez ici pour voir la vidéo de l’émission

Vu sous un autre angle!

Nous avons tous une perception de nous même déformée, Dove le prouve!

Cette campagne de pub touche chacun d’entre nous ; mais dans l’anorexie mentale, cette perception déformée s’applique sur tout le corps et tout l’être et de façon plus marquée… Dove touche un point sensible qui peut être une porte d’entrée pour comprendre ces maladies.

http://www.youtube.com/watch?v=XpaOjMXyJGk

(en anglais)

Ligne d’écoute téléphonique à La Note Bleue

A partir du 12 avril 2013, l’Association La Note Bleue met à votre disposition une ligne d’écoute téléphonique !

Cette ligne s’adresse à toute personne concernée directement ou indirectement (proches, professionnels de santé) par les troubles du comportement alimentaire.

Elle vise à apporter une écoute, un soutien, des conseils et informations pratiques à l’appelant mais aussi à l’orienter vers une structure de soins ou une association.

La permanence téléphonique aura lieu tous les vendredis de 12 h à 15 h.

L’appel est gratuit (non surtaxé) et anonyme.

Caroline Duchi

Le corps…parlons-en!

Le vécu corporel chez les patientes atteintes de troubles du comportement alimentaire

Le corps est au centre de la problématique dans les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)… le regard que les patientes portent sur leur propre corps est source de conflit. Le regard des autres ou du miroir vécu comme persécutant ou alors recherché car la patiente ne peut se fier à ses propres impressions.

En qualité de psychomotricienne dans un centre de soins, mon rôle est d’écouter le corps de la patiente, qui le parle et qui met en scène sa douleur de vivre dans son corps et l’aider à se l’approprier, à pouvoir dire « je suis mon corps » en plus du « j’ai un corps ».

Vaste programme… nous sommes tous en proie, par moments, aux doutes, aux insatisfactions ressenties face à ce que  le miroir nous renvoie.

Miroir, miroir… dis-moi qui je suis…

La réponse à cette requête est souvent cruelle et vécue comme une expérience désagréable. Donc, pas question d’introduire le miroir d’emblée dans le soin,… mais on y viendra, doucement mais surement.

Ce qui sera recherché est plutôt la rencontre avec son miroir intérieur,… se créer une image du corps grâce à l’écoute de ses sensations, perceptions en étroit lien avec l’émotionnel, car la patiente TCA est en général «déconnectée» de ses sensations et de ses émotions, comme anesthésiée. Réveiller sa sensibilité, sa capacité à ressentir sera un des principaux leviers de la prise en charge en psychomotricité.

L’approche psychocorporelle permet aux patients qui ont progressivement désinvesti leur corps, de reprendre contact avec leurs éprouvés, leurs sensations et leurs perceptions corporelles, facilitant ainsi une réappropriation de celui-ci.

Avant d’aller plus loin,… intéressons-nous à la notion d’ »Image du corps » concept fondamental car toujours impliqué dans les TCA et dont la distorsion freine considérablement la guérison.

L’Image du Corps est la représentation imaginaire que chacun se fait des qualités de son propre corps. Elle se met en place à partir de l’intégration des expériences corporelles, en étroit lien avec la vie relationnelle. Comme nous sommes incapable de nous percevoir réellement, l’Image du Corps se construit dans la relation à l’autre. Elle est en perpétuel remaniement, synthèse du vécu passé et actuel.

Chez les patientes atteintes de troubles du comportement alimentaire, l’Image du Corps peut prendre par moments des aspects pour le moins persécuteurs, voire délirants… on parle alors de dysmorphophobie qu’est la crainte obsédante d’être laide ou malformée.

Les principales thématiques de leurs vécus corporels concernent non pas le poids comme on pourrait s’y attendre mais plutôt la forme et les limites de leur corps et plus précisément de certaines parties…

Ainsi, écoutant les mots du corps de ces patientes, nous observons des préoccupations récurrentes concernant les volumes du corps et surtout du ventre. Elles expriment leur crainte imaginaire que le ventre gonflerait sans limites, à l’infini. Tout comme un début de prise de poids provoque la même crainte que cela ne s’arrêterait jamais. On voit bien là une difficulté à intégrer les limites du corps, une perception altérée de l’enveloppe corporelle, avec soit l’absence de limites ou une enveloppe pas suffisamment contenante et sécurisante, ce qui nous renvoie à la problématique de séparation et d’individuation, avec des limites floues entre moi et non-moi. De nombreuses mises en situation du corps en thérapie psychomotrice révèlent cette problématique.

Aussi, une patiente anorexique prendra aisément la mesure de sa maigreur du haut de son corps, mais se percevra toujours comme grosse à partir du ventre et le bas de son corps, les hanches, les cuisses, parties évoquant la féminité et la sexualité. En effet, la sensualité et le désir ne font pas partie de l’univers de l’anorexique. Tout plaisir qualifié comme sale et impure, est sévèrement réprimé.

Le profil psychomoteur des patientes TCA va de l’hypertonicité à l’hyperactivité, avec des difficultés d’expression des émotions.

En général, les patientes maîtrisent parfaitement  leur corps instrumental, avec très fréquemment un Schéma Corporel bien structuré. En revanche nous observons un malaise dans la mobilisation du corps affectif et relationnel, allant de réactions hypertoniques à l’abandon tonique.

L’hypertonicité peut être assimilée à une carapace rigide venant suppléer une enveloppe défaillante aux limites floues, réduisant considérablement les capacités d’expression. Faciliter la détente et l’expression de la patiente vont être les grands axes du travail en psychomotricité, permettant à la patiente d’habiter son corps de manière plus vivante.

L’hyperactivité évite à la patiente de penser et d’éprouver. La démarche de soin sera celle d’une mise en lien entre la motricité, la sensibilité et les émotions. La mise en mots des éprouvés corporels facilitera un retour au calme et l’émergence d’une pensée sur soi.

 

Synnewa Meyer (Psychomotricienne)

Comment choisir une psychothérapie quand on souffre d’anorexie, de boulimie?

Comprendre que l’on souffre n’est pas mince affaire. Comprendre que l’on souffre d’un trouble alimentaire et que l’on ne peut pas s’en sortir seul est une étape. Faire la démarche pour une prise en charge est parfois douloureux et compliqué. Choisir un psychothérapeute devient un exploit!

Avant toute chose, il ne faut pas oublier qu’une psychothérapie seule pour traiter les troubles alimentaires N’EST PAS EFFICACE. Cette maladie nécessite une prise en charge pluridisciplinaire car il s’agit de maladies complexes qui touchent différentes sphères (alimentaire, psy, corporelle). Vous n’allez pas prendre uniquement un sirop pour votre gorge qui est irritée quand vous souffrez d’une grippe fiévreuse… Mais la psychothérapie est un aspect de la prise en charge, et nous allons tenter ici de vous aider à démêler quelques nœuds.

C’est quoi un « psy »?  Quel type de psychothérapie existe et laquelle choisir? et enfin comment et qui choisir?

Le « psy »

Sous ce terme se cache 3 praticiens : le psychiatre, le psychologue (clinicien) et le psychothérapeute. Ils ont pour objet d’étude l’être humain et ses souffrances.

Le psychiatre : Statut légal protégé, diplôme reconnu, 10 à 12 ans de formation. Il est un médecin spécialiste. Il peut diagnostiquer et traiter les maladies psychiatriques en utilisant la médecine. Pour cela, il peut prescrire des médicaments et il peut aussi effectuer une psychothérapie, s’il est psychiatre–psychothérapeute.

Le psychologue (clinicien) : Statut légal protégé, diplôme reconnu, 5 ans de formation. Il est un professionnel des sciences humaines. Il est spécialisé dans la compréhension du fonctionnement et de la dynamique psychique de la personne, ainsi que dans la psychopathologie. Pour cela il est formé à l’utilisation de l’entretien psychologique, et à l’utilisation et l’interprétation des tests psychologiques lors de bilans. Il peut aussi être psychothérapeute pour le traitement des pathologies psychiques.

Le psychothérapeute : Statut légal protégé, diplômes et formations variables. Il propose des prises en charge pour le développement et la connaissance de soi, ou pour les souffrances et maladies psychiques.

La psychothérapie

Différentes types de psychothérapies existent : la Psychanalyse (le plus souvent selon Jung, Freud ou Lacan), la Thérapie Rogerienne, la Gestalt Thérapie, les Thérapies Systémiques (familiales, stratégiques, brèves…), les TCC (Thérapies comportementales et cognitives), la Thérapie Transpersonnelle, la Thérapie Intégrative… Elles font référence à des théories différentes. Il s’agit alors des différents filtres de pensée et grilles d’analyse pour comprendre les dynamiques psychiques d’une personne. La façon de travailler sera donc différente.

Quel type de psychothérapie choisir pour les troubles alimentaires?

En fait, c’est à vous de choisir! Dans les sciences humaines, nous savons aujourd’hui qu’aucun des types de psychothérapie n’est plus efficace qu’un autre. C’est « l’alliance thérapeutique » qui est importante. Il s’agit de la collaboration mutuelle, le partenariat entre le patient et le thérapeute dans le but d’accomplir des objectifs fixés. Cette coopération et cet engagement sont les « critères » d’une bonne psychothérapie. Les outils ou la méthode sont en fait secondaires, tant que le thérapeute les maîtrise. Il faut donc vous demandez si la personnalité du psy et sa manière de comprendre et d’aborder vos difficultés vous convienne. Réponse de psy me direz-vous? En effet, je ne peux pas vous dire quel type de psychothérapie choisir, mais je peux vous dire de vous écouter vous. Essayez de rencontrer un psy près de chez vous, ou un psy qu’on vous a conseillé. Et si vous sentez que cela ne vous convient pas, dîtes lui. Les psys sont là aussi pour vous orienter et vous aider à aller voir ailleurs!

Mais une chose est très importante, choisissez aussi un psy qui est SPÉCIALISÉ DANS LES TROUBLES ALIMENTAIRES. Ces maladies sont très complexes, et il est nécessaire d’avoir un spécialiste qui vous suit, sinon il ne comprendra pas ce que vous lui racontez, ce que vous vivez… Au mieux il vous soutiendra, mais il ne vous aidera pas à guérir.

En résumé, trouver un psy dont la personnalité fonctionne avec la vôtre, quelque soit le type de psychothérapie qu’il pratique, et surtout qui est spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire.

Ce qui vous sera très utile en parallèle de la psychothérapie ou en attendant de trouver le bon psy, c’est de lire. Informer vous au maximum sur les troubles alimentaires et sur le fonctionnement de votre anorexie, de votre boulimie ou de votre hyperphagie. La bonne psychothérapie commence par vous permettre de mieux comprendre les mécanismes de cette maladie qui vous fait souffrir pour mieux la combattre. Si vous ne connaissez pas ou si vous ne voyez pas votre ennemi, comment l’attaquer?

Aude Réhault (Psychologue Clinicienne – Psychothérapeute)

Anorexie mentale, boulimie et dépression chez l’adulte

Nous décidons ici d’écrire sur le lien entre la dépression et l’anorexie mentale, car nous entendons encore trop souvent que l’anorexie est une forme de dépression!

 

Il n’y a pas si longtemps, les personnes souffrant d’anorexie mentale étaient soignées par des endocrinologues parce qu’elles n’avaient pas leurs règles. Une large partie de la maladie n’était alors pas prise en charge… Les maladies psychiques ne doivent plus être traitées de façon symptomatique. Aujourd’hui et depuis peu, l’anorexie mentale est considérée comme une maladie en soit et non plus comme étant l’entrée dans autre chose. L’anorexie mentale n’est donc pas le symptôme d’une autre maladie comme l’hystérie, la psychose, un état limite ni même une dépression… Mais il s’agit d’un syndrome à part entière, trouvant son origine dans les mécanismes de l’adolescence. Ce symptôme prend naissance durant l’adolescence mais l’apparition de la symptomatologie franche, ou la prise en compte des symptômes, ou la sortie du déni peut se faire plus tardivement. Ce qui explique un début soit disant tardif de la maladie.

L’anorexie mentale n’est donc pas un symptôme d’une dépression, ni même une dépression. Il n’est pas interdit de penser qu’au décours d’un TCA puisse apparaître une authentique dépression, mais cela est autre chose.

  • Une preuve thérapeutique : les antidépresseurs ne sont pas efficaces sur l’anorexie mentale. Quand on guérit une anorexique de sa maladie et qu’elle souffre aussi d’un état dépressif, celui-ci ne reste pas. L’état dépressif est donc soit secondaire à l’anorexie mentale (il est une conséquence) ; soit il n’a rien à voir avec l’anorexie mentale et la dépression s’est installée de manière indépendante.

 

  • Le suicide anorexique ne ressemble en rien aux suicides des personnes souffrant d’une dépression. Il est brutal, il a toujours une cause dans la réalité, après une boulimie par exemple… Il n’y a pas de préméditation, pas forcément de lettre laissée pour les proches, aucun prodrome ou signe avant coureur n’est repérable. C’est pour cela qu’il y a une telle quantité de suicides de personnes souffrant d’anorexie mentale : on ne le voit pas franchement venir.
  • Lors des enregistrements polysomnographiques (enregistrement durant le sommeil des variables physiologiques comme la respiration, le rythme cardiaque, les tensions musculaires…), il y a une preuve irréfutable de la dépression ; lorsque l’on pratique ce type d’enregistrement sur des personnes souffrant d’anorexie mentale, il n’y a aucune des caractéristiques de la dépression.

Maintenant, comparons les signes cliniques de la dépression avec ceux de l’anorexie mentale :

 

  Anorexie Mentale Dépression
Âge de déclenchement À l’adolescence. Vers 20-25 ans.
Cycle de l’humeur Absence. Il n’y a jamais vraiment de changement d’humeur (dans le sens clinique du terme) entre restriction et boulimie. Présence.
Restriction La restriction est un mode d’être au monde, une façon de contrôler ce qui est incontrôlable. Quelque part il y a un intérêt de ne pas manger. (Se) Forcer à manger ne sert à rien, les mécanismes qui sous tendent la restriction sont profonds et ont une utilité dans le fonctionnement psychique de la personne. La sensation de faim disparaît et la restriction devient un abandon : il y a un désintérêt pour tout, notamment pour le fait de s’alimenter. Forcer la personne à manger devient possible car ne va pas mettre en danger l’équilibre psychique de celle-ci.
Boulimie La boulimie est la conséquence de la restriction. Le corps et l’esprit ne tiennent plus dans ce mécanisme qui utilise trop d’énergie psychique et physiologique, et laisse place à des compulsions qui engendrent ensuite honte et culpabilité. La restriction engendre une boulimie, et une boulimie engendre une restriction. La boulimie peut advenir. Tout comme l’anorexie, il s’agit d’une sorte d’abandon. La boulimie est une tentative de régulation de la souffrance et des affects dépressifs. Mais elle ne s’accompagne pas d’une honte ou d’une culpabilité, et la restriction par compensation pour contrôler l’aspect corporel ne s’applique pas non plus.
Amaigrissement Il s’agit d’une perte de poids très importante en très peu de temps. L’amaigrissement est moins important, moins fulgurant.
Trouble de l’image corporelle Présence. Ce trouble est constitutif de la maladie. Il est aussi parfois à l’origine des rechutes. Absence. On a rarement vu une personne souffrant de dépression avoir un trouble de l’image corporelle.
Trouble cognitif Absence. Les personnes souffrant d’anorexie mentale sont douées professionnellement ou scolairement. Lorsqu’elle ne le sont plus, c’est la conséquence de la dénutrition ou de la durée dans la maladie. Présence. Il s’agit d’un des symptômes.
Tristesse et perte de l’élan vitale La tristesse n’est pas constante et est la conséquence de ce qui est vécu au quotidien comme souffrance liée à la boulimie, au rejet et l’incompréhension des proches… L’élan vitale est maintenue, avec une envie de vivre très importante qui parfois disparaît lorsque le désespoir de s’en sortir apparaît (dû à l’incompréhension de la maladie et de la façon d’en guérir, le refus et le rejet d’accès au soin par les praticiens « censé savoir et aider »…) Tristesse constante, avec perte de l’élan vitale. L’envie de vivre est diminuée et la motivation ou l’énergie pour bouger disparaît.
Processus psychiques Tachypsychie. C’est à dire une accélération anormale des processus psychiques, qui génère une certaine excitation. Bradypsychie. C’est à dire un ralentissement des processus psychiques.

 

 

Dr Alain Meunier (Psychiatre – Psychanalyste)

Aude Réhault (Psychologue Clinicienne – Psychothérapeute)