Comment l’anorexie mentale évolue-t-elle?

Certains spécialistes des troubles du comportement alimentaire ont tenté de répondre à cette vaste question en distinguant quatre stades typiques et consécutifs au cours de l’évolution de cette maladie :

  1. La phase du  régime : c’est dans un contexte d’insatisfaction corporelle et relationnelle ou suite àregime un évènement potentiellement traumatique (un accident, un deuil, etc.) ou bien encore un élément de la vie ordinaire (une remarque déplacée, un départ en vacances…) que l’anorexique va démarrer sa lutte contre la sensation de faim. Mais attention, nombreux sont les gens qui se préoccupent de leur silhouette et suivent des régimes amincissants, rares sont ceux qui deviendront anorexiques!
  1. La phase lune de miel: à cette période de souffrance succède une phase d’exaltation. L’anorexique perd du poids et ses efforts pour y parvenir deviennent de moins en moins coûteux. Son amaigrissement vient attester son pouvoir sur elle-même: la jeune fille (c’est le cas le lune de mielplus fréquent) a le sentiment de contrôler un corps, des sensations et des émotions qui autrefois lui échappaient. Le jeûne lui procure du plaisir, un sentiment de légèreté et de vitalité. Il est à l’origine d’un regain de moral et d’activités qu’elles soient physiques ou intellectuelles. Au cours de cette phase, l’anorexique ne perçoit que les bénéfices de la maladie.
  2. La phase d’état: à cette rapide et agréable perte de poids, succède inévitablement tôt ou tard une stagnation. Le poids de l’anorexique ne baisse plus malgré ses efforts de plus en plus conséquents pour y parvenir. Les obsessions alimentaires s’intensifient au détriment d’autres centres d’intérêts, les crises de boulimie entrent alors parfois en scène. La fatigue physique et psychique se fait par ailleurs sentir. L’entourage peut alors manifester son inquiétude, exprimer sa désapprobation voire entrer en conflit avec la jeune fille. Bien que n’y trouvant plus véritablement son compte, l’anorexique n’est pourtant pas encore tout à fait prête à se désavouer en renonçant à son combat.
  3. La reprise de poids: elle peut être le fruit d’une décision personnelle suite à un déclic salvateur, ou bien d’une nécessité imposée par l’entourage voire par le corps médical, ou encore de la conséquence des crises de boulimie. Quoiqu’il en soit, cette reprise de poids engendre une profonde souffrance psychique car la peur de grossir persiste. Trois voies s’offrent alors à la jeune fille : la rechute, la chronicité mais aussi la guérison, qui reste facilitée par une aide extérieure.

evolution

« Il existe autant d’anorexies que d’anorexiques. »

L’anorexique décline certes généralement l’ensemble de ce tableau mais la durée (qui s’étend bien souvent sur plusieurs années), la gravité et l’expression de ces phases sont diversifiées et à individualiser.

N’hésitez pas à réagir à cet article! Qu’en avez-vous pensé ? Etes-vous parvenu(e) à identifier le stade auquel vous ou votre proche se situe ?

Chloé Chahbenderian et Dr Alain Meunier

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3 Responses to Comment l’anorexie mentale évolue-t-elle?

  1. Pauline says:

    Ces différentes étapes sont véridiques. Je les ai d’ailleurs davantage détaillées dans mon témoignage qui paraît aux éditions Edilivre.
    http://www.edilivre.com/de-l-autre-cote-du-miroir-pauline-bodin.html#.VMjkgvmG9bE

  2. Sabrina says:

    « Il existe autant d’anorexies que d’anorexiques. »

    Et autant de guérisons possibles…

    Merci

  3. Florence says:

    Bonjour,
    merci pour cet article
    Je me situe dans la « chronicité » bien que maintenant un poids stable et normal.
    Pourriez-vous développer les aspects de « souffrance psychique » induits par un poids normal ? je ne me sens pas personnellement dans la peur de grossir au niveau « silhouette » mais plus dans une « peur de la vie », notamment relationnelle et affective; je ne conscientise pas le lien avec la perte d’appétit ou parfois les difficultés à accepter de manger; c’est une observation, comme si l’anorexie était un remède à la gestion du stress émotionnel chronique (qui a sur moi un effet physiquement anorexigène…contrairement à beaucoup de femmes qui alors se mettent plutôt à grignoter…)
    peut-être des réponses dans les neuro-sciences ?
    merci

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