Un Docteur intéressant qui défend une approche humaine!

Parlons des êtres humains à aider plutôt que des anorexiques à gaver…

Je souhaitais partager un petit article qui parle d’un psychologue Québécois, le Dr Jean Wilkins, qui soigne depuis plusieurs dizaines d’années des adolescents souffrant d’anorexie mentale au CHU Sainte Justine de Montréal. Le discours de cet homme est intéressant, car il prône une « approche clinique humaine » qui semble parfois manquer dans certaines structures de soin. Il parle d’individu et d’approche individualisée dans sa pratique, et met en garde sur une prise de poids trop importante et agressive.

Ce type de discours me paraît suffisamment manquant ou tout au moins important à rappeler, pour le signaler ici. Je n’ai pas encore lu son livre : « Adolescents anorexiques, plaidoyer pour une approche clinique humaine » ; mais ses écrits ou interviews que vous pouvez retrouver, entre autre, sur le site de l’association ANEB (association canadienne des troubles du comportement alimentaire) amènent une vraie bouffée d’air pur avec cette humanité dans son discours… Enfin quelqu’un qui parle d’être humain!

 

http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=10162

 

Aude Réhault

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6 Responses to Un Docteur intéressant qui défend une approche humaine!

  1. C. says:

    Bonjour, je trouve ce blog très intéressant ! Dommage qu’il n’y ait pas encore beaucoup d’articles pour le moment ! Patience…
    J’aurai quelques question à vous poser. Je sais bien que chaque cas est unique, et mes questions peuvent paraître bêtes et inutiles à plusieurs égards, néanmoins, ce serait gentil si vous pouviez m’apporter dans la mesure du possible quelques pistes de réponse… Cela pourrait qui plus est éclairer d’autres lecteurs. Sait-on jamais ! 🙂
    – A partir de combien d’années de maladie (Anorexie/boulimie confondues) devient-t-il plus compliqué de s’en sortir ? J’avais lu qu’au delà de 5 ans de maladie, le processus de guérison s’avérait plus long et difficile. Ca force un peu à croire en une certaine forme de fatalité, mais c’est vrai, peut-on dire que la durée de la maladie détermine la durée de la prise en charge, ou pas du tout (Sans parler de relation proportionnelle, mais au moins d’une tendance) ? … Et du coup, est-ce que vraiment, plus on agit tôt meilleures sont les chances de guérison, ou finalement, le moment de la prise en charge n’est pas tant important, et l’essentiel se situe en fait dans l’action de la prise en charge en elle-même ?
    – Est-on susceptible de rechuter à tout moment de sa vie lorsque l’on a vécu les TCA, même après 15ans « sans maladie », ou peut-on atteindre une vraie guérison entière ?
    – Enfin, et c’est une question personnelle (pardon donc, si elle est grotesque), peut-on dire que parfois, l’anorexie (voire peut-être la boulimie), au-delà du fait que ce soit une maladie, est en fait un mécanisme de défense (au même titre que le refoulement le serait par exemple) ?
    Et du coup, à le considérer comme tel, le travail thérapeutique pourrait être différent de celui à l’oeuvre dans le cadre d’une pathologie à traiter…
    Personnellement, j’ai l’impression que l’anorexie m’a psychiquement sauvée à un moment de ma vie, en ce sens où elle a monopolisé mon attention sur un seul et même « thème », m’évitant de me sentir vide et inutile, m’évitant de m’effondrer, puisque j’étais vraiment active, hyperactive, et du coup, j’avais l’impression de vivre… C’est assez particulier.
    Voilà, j’ai fini mon blabla ! Bonne continuation à ce blog en tout cas !

    • Aude REHAULT says:

      Bonjour,

      Vos questions sont loin d’être « bêtes et inutiles »! Elles soulèvent au contraire ce qui me semblent être des préjugés qui sont malheureusement véhiculés et qui doivent trouver des réponses pour toutes les personnes qui sont touchées de près ou de loin par les TCA (troubles du comportement alimentaire), et ce blog a été créé dans cet optique…!

      – Il me paraît important tout d’abord de préciser que les chiffres que vous avez pu lire, sont à déchiffrer. La plupart des études sont faites sur une « population » de personnes souffrant de TCA qui sont hospitalisées. Cela pose déjà un biais dans la recherche, dans le sens où cela ne prend en compte que les personnes qui sont « admises » dans les institutions. S’il s’agit d’études françaises, il n’existe que 3 ou 4 structures qui n’ont en plus que très peu de lits… Autre biais : s’agit-il d’anorexie mentale de type restrictif? d’anorexie mentale de type avec crise de boulimie? de boulimie nerveuse? Vous semblez dire tout confondu… Cependant pour certains cliniciens, il s’agit d’une évolution de la même maladie. Quoiqu’il en soit, il faudrait de toute façon les séparer pour pouvoir trouver des chiffres, étant donné que les mécanismes en jeu ne sont pas tout à fait les mêmes… Autre biais : c’est quoi la guérison? Habituellement, la médecine parle de guérison lorsque un poids « normal » est atteint… s’agit-il uniquement de ça dans les TCA? je ne pense pas… Voilà pour les chiffres… En gros, ils existent avant tout pour les chercheurs, et les études à venir.
      Pour en revenir au concret, c’est en effet une réalité clinique : plus on agit tôt, mieux c’est. Mais cela ne veut pas dire l’inverse! Vous avez raison je pense, c’est la prise en charge en elle-même qui est en effet aussi importante. Et à quel moment elle arrive dans la vie de la personne. Une des grandes difficultés dans la prise en charge des TCA, c’est que nous nous rendons compte qu’il existe une errance thérapeutique très importante. c’est-à-dire que les personnes souffrant de TCA vont aller voir un psy, ou un nutritionniste, ou un sophrologue… mais rien ne sera efficace seul. Les TCA sont des maladies complexes qui touchent 3 sphères : alimentaire, psy et corporel. Si un travail sur ces 3 plans n’est pas effectué, les chances de guérisons s’amoindrissent. Et il faut voir une autre réalité, il existe peu de praticiens qui connaissent les TCA. Ils vont donc « faire ce qu’il peuvent » avec la personne en face d’eux, mais cela sera souvent inefficace, car ils se focalisent souvent sur le poids, en évitant tout les reste…ça en dit long sur les possibilités de guérison pour la patiente…!

      – Les rechutes sont possibles. Il faut voir ça comme une sensibilité, une manière de réagir quand ça va mal. Comme une personne qui a souffert un jour d’un état dépressif, celle-ci, lors d’un événement très marquant d’une vie, pourra rechuter. C’est identique pour les TCA. Mais la rechute ne se traduit pas en plusieurs années de trouble alimentaire ; il s’agit plutôt d’une crise de boulimie, ou d’un mois avec des crises de boulimie, ou encore d’un mois en restriction… mais cela n’aura jamais le même impact. La culpabilité est moins grande, la restriction n’ira pas jusqu’à l’isolement… Les TCA bloquent la pshère émotionnelle, la prise en charge a pour but de la débloquer, et « d’apprendre » aux personnes qui souffrent de TCA à ressentir, gérer et exprimer les émotions par la parole, plutôt que par la mise en acte (restriction ou boulimie).
      Mais la GUÉRISON EXISTE, sans rechute! Elle est possible lorsque le travail sur les 3 sphères dont je vous ai parlé a été effectué.

      – Je fais partie de ces praticiens qui considèrent que toute maladie ou symptôme a une raison d’être, effectivement comme une sorte de défense… Je pense donc en effet que l’anorexie peut sauver… Mais il n’y a pas d’efficacité au long terme, car le corps et l’esprit s’épuise dans ce fonctionnement ; d’où l’intérêt du moment où la prise en charge arrive! Il est vrai que l’anorexie occupe tellement l’esprit avec les pensées obsessionnelles, les angoisses qui y sont liées, que cela peut devenir un mode de survie. Mais il s’agit bien de la survie… Ce qui n’est pas normal, c’est de se sentir vide, inutile, ou de ne pas supporter être seule face à soi même. Mais vous avez raison, chaque chose en son temps. Et qui sommes-nous en tant que thérapeute pour décider à votre place de modifier votre comportement?! en bref, je crois qu’il faut respecter le trouble, le comprendre, analyser les tenants et les aboutissants avec la personne. Et cela change en effet toute la prise en charge psychothérapeutique… En tout cas, j’ai pu voir, et je ne suis pas la seule, plusieurs personnes qui ont pu survivre « grâce » à l’anorexie ; mais au final, ce mode de fonctionnement n’est pas efficace et engendre d’autre souffrance… Libérer la parole, ne plus s’adapter à l’autre et s’autoriser à vivre et à ressentir… sont souvent les clés vers la « libération » de cette défense que constitue l’anorexie qui au final est une sorte de prison.

      Merci pour vos questions et votre témoignage. J’espère vous avoir apporté des éléments de réponses à vos questions. Et n’hésitez pas à nous réécrire si vous souhaitez.
      Bonne continuation à vous!

      Aude Réhault

      • C. says:

        Bonjour,
        Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre de façon si étayée. Vous avez pu éclairer ma lanterne! Et quand bien même les idées reçues ont malheureusement la vie dure, je gage sur l’efficacité d’une prévention (comme la votre), plus « populaire » et plus abondante – Il fleurit tant de ces sites/articles quelconques qui véhiculent tout un tas d’informations dont on ne sait si elles sont vraies ou non.

        J’avais lu votre réponse il y a longtemps, mais une autre question m’est venue à l’esprit, et j’aurais aimé une réponse éclairée par votre expérience et vos interactions avec les professionnels que vous avez pu côtoyer au cours de votre formation et/ou de votre pratique.
        Voilà, dans quelle mesure à un TCA précède (soit directement, soit bien avant en amont), un traumatisme (physique et/ou psychologique) ?
        Dans quelle mesure les TCA sont des troubles « réactionnels » en fait?

        Vous me répondrez probablement que chaque cas est unique et qu’on ne peut pas généraliser les causes de façon arbitraire (d’autant plus que les TCA sont la conséquence d’une conjonction de plusieurs facteurs), mais du coup, je trouverais cela étrange de développer des TCA de façon presque spontanée (avec une raison d’être qu’il faut définir par ailleurs lors de la thérapie certes, mais bon, sans qu’il y ait pour autant d’élément extérieur déclenchant, voyez… ).

        Juste pour EXEMPLE, si l’on prend un symptôme isolément, tel que le perfectionnisme: c’est un trait de personnalité qui est là « dès la naissance » a priori (s’il ne se développe pas à cause d’un environnement particulier comme un contexte de compétition ou des parents très exigeants par exemple), et on le retrouve de façon très prononcée dans l’anorexie, est-ce que cela peut-il suffire pour développer des TCA? Lui seul c’est sûrement impossible, mais même, lui et ses pairs en tant que plusieurs facteurs (traits de personnalité inhérents à la personne), peuvent « suffire » pour développer un TCA ?
        Si c’est le cas, on ne peut alors pas considérer le trouble comme un mécanisme de défense et de survie, puisque ce serait réagir contre quelque chose qui émane de soi, contre son propre fonctionnement (et non contre quelque chose d’extérieur qui ne nous appartiendrait pas -quand bien-même on peut ne pas le comprendre/en avoir conscience de ce quelque chose d’extérieur parfois), ce serait bizarre quand même… Quel serait alors le trouble alimentaire dans ce cas-là? Un surenchérissement : comme ce trait de personnalité nous mène la vie dure, on le met en acte de façon plus forte par quelque chose que l’on croit plus maîtrisable (anorexie) ? Une compensation à quelque chose qui nous appartient et que l’on croit nous desservir ? Une sorte de dépersonnalisation : on se jette corps et âme dans ce comportement alimentaire jusqu’à ce qu’il fasse partie de notre identité même, pour ne pas avoir à se supporter intérieurement à l’état brut ?

        Je suis peut être à côté de la plaque, mais j’aimerais comprendre…
        Vous me direz que ce qui fait trauma ce n’est pas l’événement en lui-même, mais le vécu subjectif de l’individu, mais ce vécu reste tout de même provoqué par quelque chose d’extérieur… D’où ma question du : Est-ce que le mental anorexique ou boulimique, voire hyperphagique, émane toujours d’un traumatisme vécu dans le passé, ou non?

        Cela fait plus de 10min que je cherche comment être claire dans mon commentaire… Je vais être obligée de le laisser comme tel, et espérer que vous puissiez en tirer quelque chose de compréhensible!
        Ce sur quoi je vous interroge n’est peut-être pas le but de ce blog, je vous prie si c’est le cas, de bien vouloir m’en excuser. N’hésitez pas à me le faire savoir surtout.
        Merci par avance pour votre patience et probable réponse, et bonne continuation!

        • Aude REHAULT says:

          Bonjour,

          Des études sont actuellement menées pour évaluer le pourcentage d’événement traumatisant chez les personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire.
          C’est une question récurrente chez les professionnels, et d’un point de vue clinique nous observons très souvent la présence d’un traumatisme durant l’enfance ou l’adolescence qui serait entre autre déclencheur d’un TCA.

          Mais un événement traumatisant n’engendre pas systématiquement une pathologie derrière. Un événement potentiellement traumatisant fait trauma en fonction de la personnalité, du contexte, du vécu subjectif. Deux personnes face au même événement traumatisant, ne vont pas avoir forcément la même réaction. De plus, une même personne face à un événement n’aura pas la même réaction selon la période de vie dans lequel elle se trouve.

          C’est alors que le contexte psychique intervient. Un événement devient trauma entre autre si la personnalité, ou plutôt la dynamique psychique actuelle, est « fragilisée ». C’est donc le concours de l’événement potentiellement traumatisant avec la dynamique psychique actuelle qui est à l’origine du développement d’une maladie notamment des troubles du comportement alimentaire.

          Prenons maintenant l’hypothèse de l’absence de traumatisme. Il s’agirait donc d’une dynamique psychique spécifique qui serait à l’origine, entre autre, du trouble du comportement alimentaire. C’est donc un ensemble de traits de personnalité pathologiques qui seraient à l’origine du TCA. Ceci n’est pas bizarre, mais constitue la plupart des maladies psychiques. Par exemple les TOCS sont des traits de personnalité entre autres obsessionnelles exacerbées ; Des angoisses trop importantes vont engendrer des comportements et des rituels pour faire diminuer l’angoisse.
          Dans l’anorexie mentale, le perfectionnisme, les obsessions alimentaires, les obsessions autour du poids, le contrôle, l’exigence excessive vis à vis de soi… Ne constituent plus des traits de personnalité mais des symptômes. Ces symptômes se développent au cours de l’expérience et du développement psychique, mêlant l’inné et l’acquis… Et cette dynamique psychique avec les traits de personnalité qui deviennent avec le temps des symptômes, se développe en réaction avec l’extérieur, sans qu’il y est forcement un événement traumatisant. Tout l’enjeu de la thérapie et de diminuer l’intensité des symptômes pour qu’ils redeviennent uniquement des traits de personnalité, et donc que la souffrance engendrée par ces mécanismes diminue voire disparaissent.
          « Il faut que je sois parfaite pour que mes parents soient fières de moi », « je contrôle tout parce que c’était mon rôle de gérer les choses à la maison quand j’étais plus jeune »….
          C’est en fait un mode d’être au monde qui s’est installé. Mais il est parfois pathologiques ou devenu pathologique. C’est aussi pour cela que certaines personnes ne se sentent pas malades ; quand les symptômes sont moins marqués, la personne ne parle que de traits de caractère qui ne sont « pas si gênants », « j’ai toujours été comme ça »… Et là c’est la personne qui est libre de choisir de modifier cela ou non.

          Donc il n’y a pas toujours un traumatisme qui est à l’origine du trouble du comportement alimentaire. Mais il est très fréquent. Et lorsqu’il n’y a pas de traumatisme, il y a de toute façon une dynamique psychique qui s’est construite en fonction de l’environnement, de l’extérieur durant tout le développement psychique de la personne.

          Pour résumer, toutes les maladies psychologiques trouvent leur origine dans les facteurs bio-psycho-sociale. Les TCA ont aussi une explication génétique mais qui n’est pas encore bien définie ; une origine biologique (réactions chimiques spécifiques) ; une origine sociale ; une origine éducationnelle et héréditaire ; et en enfin une origine psy, c’est à dire fonction de la personnalité propre à l’individu.

          J’espère avoir répondu à vos questions…! N’hésitez pas à écrire de nouveau i vous le souhaitez!

          Bien cordialement,

          Aude Réhault

  2. HENRIETTE Karine says:

    Très intéressant, en effet! Un peu de douceur, de compréhension dans l’approche d’un mal aussi dévastateur et horrible à vivre, c’est une excellente idée! J’avoue que je ne pourrais supporter de reprendre trop de poids. Je veux rester à mes 48kg.
    J’irais en tous cas visiter ce site canadien.
    Merci pour vos conseils et votre soutien!
    Karine

  3. ROFFE says:

    Très bon site internet…
    Bravo…

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