My Skinny Sister : la voix de la culpabilité

My Skinny SIster - Sanna Lenken

« Je me suis rendue compte en en parlant qu’il était important de partager votre point de vue »

Voilà ce que m’a répondu Aude Réhault après que je lui ai envoyé mes retours suite au visionnage de « My Skinny Sister ». Lui ayant exprimé l’intention d’aller voir le film, elle m’avait encouragé à rédiger un billet pour le site. Plus qu’une simple critique, j’ose donc aujourd’hui vous présenter mon témoignage et mes réflexions.

 

 

 

En préambule, je souhaiterai me présenter :

J’ai 27 ans. Je souffre de Troubles du Comportement Alimentaire depuis l’âge de 16 ans environ. Anorexie restrictive dans un premier temps, dont j’ai pris conscience vers l’âge de 19 ans après un burn-out. J’ai cru en être guérie suite à un traitement anti-dépressif puis de grands changements dans ma vie (réorientation et déménagement). Je sentais que ma relation à la nourriture n’était pas tout à fait apaisée, mais je faisais confiance à l’expérience et j’espérais qu’avec le temps je finirai par trouver de nouveaux repères par moi-même. Mais sans suivi et vivant seule, ces repères n’étaient pas bien solides et restaient très intellectuels. Les crises sont alors apparues. Puis la découverte du vomissement.

En 2012 (j’avais alors 23-24 ans), j’avais mis le doigt dans l’engrenage infernal : crises avec vomissements / restriction / crises avec vomissements. Réalisant que je m’enfonçais dans un système mortifère dont je ne voyais plus les possibilités de sortir, j’ai contacté le centre SOS Anor. J’ai alors rencontré le Dr Meunier, Aude Réhault, Fazia Khanifi et leur réseau d’âmes bienveillantes. Rue de Seine, j’ai trouvé un lieu où on me comprenait et où j’ai pu me débarrasser progressivement de la honte qui m’empêchait d’avancer vers la vraie guérison : celle du cœur et de l’esprit. Car l’on n’est pas anorexique et/ou boulimique par essence ou parce qu’on a « chopé » une maladie comme on attrape une grippe.

Mais on fait des crises ou on s’impose un régime de fer parce qu’on a mal à la vie, parce que notre rapport au monde s’est faussé et qu’on s’est perdu dans la bataille. Je suis toujours suivie aujourd’hui, j’ai encore des difficultés avec la nourriture (mais j’entends Nourriture au sens large car j’ai compris que la relation avec mon assiette était le reflet de celle que j’ai avec le monde qui m’entoure) mais j’ai de belles victoires sur lesquelles m’appuyer et je prends aujourd’hui grand plaisir à découvrir quel individu je vais pouvoir être sans ces béquilles tordues que sont les TCA.

Ce préambule pour exposer qu’aujourd’hui le comportemental, même s’il est le plus tangible et le plus handicapant au quotidien, n’est plus ma considération première et qu’en réaction je ne supporte plus qu’on réduise l’anorexie et/ou la boulimie à celui-ci (Il s’entend néanmoins que dans les phases où le pronostic vital se trouve engagé, il est important de replacer l’équilibre alimentaire comme priorité). C’est la voix qu’a commencé à faire entendre SOS ANOR et celle que j’aimerais qui soit entendue par tous.

 

Aussi, lorsqu’est sorti « My Skinny Sister », qui plus est réalisé par une jeune femme ayant souffert de troubles du comportement alimentaire, j’espérais qu’enfin serait présenté au grand public un témoignage sensible, dépassant le voyeurisme habituel envers ces comportements « étranges » et préférant révéler le pourquoi de leur nécessité. J’ai été profondément déçue et le visionnage de ce film m’a été très douloureux. J’avais déjà compris à la lecture du synopsis et après visionnage de la bande annonce que le point de vue adopté ne serait pas celui de la jeune fille atteinte de TCA mais de sa petite sœur. Cinéphile et jeune professionnelle dans le cinéma, je reconnais qu’il est très difficile de mettre la caméra « à l’intérieur » lorsque l’on veut aborder de tels sujets et surtout les rendre accessibles (je ne peux cependant m’empêcher de citer en contre-exemple « Clean, Shaven » de Lodge Kerrigan qui pour moi est un film magistral, sachant user de la merveilleuse palette cinématographique pour représenter la schizophrénie). Ceci dit, j’espérais que le lien fraternel, qui plus est apparemment bienveillant, permettrait d’amener la grande sœur à la confidence et ainsi de donner les éléments de compréhension nécessaires au public sur le pourquoi de ces comportements anormaux.

Or, rien de tout cela… On suit donc la petite Stella, tout en contraste (à mon goût très caricatural) de sa grande sœur. Très rapidement, elle perçoit des comportements étranges chez cette dernière (pas de préambule, la grande sœur est directement définie par ceux-ci) et ce lors de scènes malheureusement très rapides.

L’anorexie n’est donc encore une fois montrée que par ses symptômes alertants que l’on peut trouver sur tous les sites d’information aux familles (ce qui en fait néanmoins un bon film de sensibilisation). Mais rien qui ne nous fasse entendre, pour inviter à la comprendre, la souffrance intérieure de la jeune adolescente. Celle-ci écope d’un rôle bien noir : elle est dure, méchante, et on en vient rapidement à penser « folle » voire « monstrueuse ». Ce mot « MONSTRE » m’est venu plusieurs fois à l’esprit. Car c’est ainsi qu’elle est parfois mise en scène, à grand coup de regards noirs, d’agitation malsaine et de musique bien dramatique. Tout cela vu par les yeux de cette pauvre petite sœur toute mimi de laquelle elle vampirise l’innocence. Tout comme l’espace familial qui, une fois la maladie dénoncée, se voit asphyxié par l’aura malsaine que cette grande sœur dégage. Et toute l’attention des parents sera portée à la malade, laissant notre petite héroïne Stella de côté.

Les larmes me sont donc facilement venues, culpabilité et honte étant bien sévèrement remuées. Comment ne pas retrouver la vieille culpabilité d’en avoir fait baver à ma famille ? Comment ne pas renouer avec ma conviction d’être toxique pour les autres ?  Heureusement, ma connaissance du métier et mon habitude à analyser les films me permettent de prendre de la distance. De reconnaître ce qui relève du discours (point de vue, raccourcis, mise en scène) et ce qui relève du sujet (oui, c’est une maladie qui amène à des comportements anormaux). Mais je suis en colère. En colère qu’on m’ait mise dans cette situation de jugement sévère sur la maladie et surtout qu’on n’ait proposé que ce point de vue au spectateur. Le film serait sous-titré “comment les caprices d’une adolescente peuvent bousiller votre famille” que ça ne serait pas incohérent.

Or, si le film avait eu le goût des larmes ravalées, l’esthétique de la confiture mentale qui nous envahit, le son brouillé de ce monde qui nous entoure et nous semble loin et étranger, peut-être aurions nous pu un peu avancer dans la transmission sur ce qu’est réellement cette maladie.

Sur le coup de l’émotion, j’ai été tentée de sortir du placard pour lancer un grand appel à mes amis cinéastes pour qu’ils s’emparent du sujet. Puis je me suis laissée le temps de digérer. J’ai alors commencé à fouiller dans l’histoire du cinéma et de la télévision pour voir ce qui avait été déjà fait sur le sujet, cherchant le bijou à sortir des archives et qui me motiverait peut-être à organiser des projections-débats pour faire entendre nos voix.

 

Bon, ces séances n’étant pas des plus agréables, je n’ai pour l’instant vu que : (disponibles sur youtube en VO)

The Best Little Girl in the World (1981) qui, s’étalant des dérives vers la maladie jusqu’aux débuts de la guérison amène l’héroïne à exprimer son malaise intérieur (mais assez sporadiquement, il faut guetter les phrases 😉

Le Choix d’une vie / Hunger Point (2003) attention assez difficile à voir, mais le personnage de la sœur est très intéressant, puisque par empathie elle cherche, et ce avec beaucoup de finesse, à comprendre le trouble de sa sœur.

Thin (documentaire, 2006) intéressant, mais le décor étant un centre de soins assez strict pour patientes aux pronostics vitaux engagés, il s’agit plutôt d’une alternance de scènes de répression et de rébellion. Le point de vue n’étant pas clair, c’est à nous d’aller y chercher les quelques bribes d’espoir bien cachées sous des comportements à vifs.

Et vous ? Avez vous vu un film qui vous a frappé par sa pertinence et qui vous aiderait à communiquer sur ce que vous vivez / avez vécu ? Attention, si vous avez aussi l’intention de visionner de nouveaux films sur le sujet, je me permets de dire que ce n’est pas un exercice facile. Ca remue beaucoup. Mais il faut toujours bien garder en tête que c’est un discours, un point de vue qui n’est peut être pas le vôtre. Et surtout, parlez-en…

Sur ce, je vous souhaite à tous espoir, courage et beaucoup d’amour.

Que 2016 vous soit tendre et bienveillante.

 

Bien à vous,

 

SB

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L’image du corps altérée lors de Trouble du Comportement Alimentaire

 

  • Perception du corps altérée

La perception du corps est altérée. On parle de dysmorphophobie lorsque l’image du corps d’une personne n’est pas représentative de l’image réelle. La personne se sent et se voit en surpoids amplifiant le poids qu’elle a par le biais de sensations décalées avec la réalité et par des affects négatifs, voyant plus de graisse qu’il n’y en a vraiment ».

Nous souffrons tous des petites imagecorpsalteréealtérations de notre image du corps. Par exemple, lorsqu’une personne voit un bouton sur son visage, elle ne verra plus que cela et va même avoir une vision amplifiée de celui-ci, persuadée que tout le monde ne verra plus que cela.

Chez la personne souffrant de TCA, l’altération de l’image du corps est beaucoup plus importante que cela. Cette vision altérée de soi peut fluctuer. La psychomotricité intervient en invitant la personne à se reconnecter à ses perceptions. Les expériences corporelles favorisant de nouveaux ressentis, le patient va se forger une image du corps plus en adéquation avec la réalité de son corps.

 

  • Se couper de ses sensations

De même nous pouvons voir que la personne présentant des TCA se coupe généralement de ses sensations et de ses émotions. On peut noter que lorsque la personne essaye de se couper de toutes ses sensations, le corps prend une autre voie pour communiquer : les maladies psychosomatiques (infection urinaire, douleur dans le dos etc.). La psychomotricité propose alors une base d’éprouvés corporels, reconnectant progressivement la personne aux informations que son corps lui amène, amenant ainsi une amélioration globale de l’image du corps.

 

  • Image du corps et affects

Dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), on retrouve systématiquement une image du corps très négative, avec des affects négatifs tels que le dégoût, la honte, l’antipathie pour soi etc.

La psychomotricité va alors inviter la personne à se reconnecter à ses éprouvés corporels, lors d’expériences agréables et les associer à des représentations positives, amenant ainsi une amélioration globale de l’image du corps.

 

Elisa Bessellere,

Psychomotricienne à Sos Anor

 

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