Le corps…parlons-en!

Le vécu corporel chez les patientes atteintes de troubles du comportement alimentaire

Le corps est au centre de la problématique dans les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)… le regard que les patientes portent sur leur propre corps est source de conflit. Le regard des autres ou du miroir vécu comme persécutant ou alors recherché car la patiente ne peut se fier à ses propres impressions.

En qualité de psychomotricienne dans un centre de soins, mon rôle est d’écouter le corps de la patiente, qui le parle et qui met en scène sa douleur de vivre dans son corps et l’aider à se l’approprier, à pouvoir dire « je suis mon corps » en plus du « j’ai un corps ».

Vaste programme… nous sommes tous en proie, par moments, aux doutes, aux insatisfactions ressenties face à ce que  le miroir nous renvoie.

Miroir, miroir… dis-moi qui je suis…

La réponse à cette requête est souvent cruelle et vécue comme une expérience désagréable. Donc, pas question d’introduire le miroir d’emblée dans le soin,… mais on y viendra, doucement mais surement.

Ce qui sera recherché est plutôt la rencontre avec son miroir intérieur,… se créer une image du corps grâce à l’écoute de ses sensations, perceptions en étroit lien avec l’émotionnel, car la patiente TCA est en général «déconnectée» de ses sensations et de ses émotions, comme anesthésiée. Réveiller sa sensibilité, sa capacité à ressentir sera un des principaux leviers de la prise en charge en psychomotricité.

L’approche psychocorporelle permet aux patients qui ont progressivement désinvesti leur corps, de reprendre contact avec leurs éprouvés, leurs sensations et leurs perceptions corporelles, facilitant ainsi une réappropriation de celui-ci.

Avant d’aller plus loin,… intéressons-nous à la notion d’ »Image du corps » concept fondamental car toujours impliqué dans les TCA et dont la distorsion freine considérablement la guérison.

L’Image du Corps est la représentation imaginaire que chacun se fait des qualités de son propre corps. Elle se met en place à partir de l’intégration des expériences corporelles, en étroit lien avec la vie relationnelle. Comme nous sommes incapable de nous percevoir réellement, l’Image du Corps se construit dans la relation à l’autre. Elle est en perpétuel remaniement, synthèse du vécu passé et actuel.

Chez les patientes atteintes de troubles du comportement alimentaire, l’Image du Corps peut prendre par moments des aspects pour le moins persécuteurs, voire délirants… on parle alors de dysmorphophobie qu’est la crainte obsédante d’être laide ou malformée.

Les principales thématiques de leurs vécus corporels concernent non pas le poids comme on pourrait s’y attendre mais plutôt la forme et les limites de leur corps et plus précisément de certaines parties…

Ainsi, écoutant les mots du corps de ces patientes, nous observons des préoccupations récurrentes concernant les volumes du corps et surtout du ventre. Elles expriment leur crainte imaginaire que le ventre gonflerait sans limites, à l’infini. Tout comme un début de prise de poids provoque la même crainte que cela ne s’arrêterait jamais. On voit bien là une difficulté à intégrer les limites du corps, une perception altérée de l’enveloppe corporelle, avec soit l’absence de limites ou une enveloppe pas suffisamment contenante et sécurisante, ce qui nous renvoie à la problématique de séparation et d’individuation, avec des limites floues entre moi et non-moi. De nombreuses mises en situation du corps en thérapie psychomotrice révèlent cette problématique.

Aussi, une patiente anorexique prendra aisément la mesure de sa maigreur du haut de son corps, mais se percevra toujours comme grosse à partir du ventre et le bas de son corps, les hanches, les cuisses, parties évoquant la féminité et la sexualité. En effet, la sensualité et le désir ne font pas partie de l’univers de l’anorexique. Tout plaisir qualifié comme sale et impure, est sévèrement réprimé.

Le profil psychomoteur des patientes TCA va de l’hypertonicité à l’hyperactivité, avec des difficultés d’expression des émotions.

En général, les patientes maîtrisent parfaitement  leur corps instrumental, avec très fréquemment un Schéma Corporel bien structuré. En revanche nous observons un malaise dans la mobilisation du corps affectif et relationnel, allant de réactions hypertoniques à l’abandon tonique.

L’hypertonicité peut être assimilée à une carapace rigide venant suppléer une enveloppe défaillante aux limites floues, réduisant considérablement les capacités d’expression. Faciliter la détente et l’expression de la patiente vont être les grands axes du travail en psychomotricité, permettant à la patiente d’habiter son corps de manière plus vivante.

L’hyperactivité évite à la patiente de penser et d’éprouver. La démarche de soin sera celle d’une mise en lien entre la motricité, la sensibilité et les émotions. La mise en mots des éprouvés corporels facilitera un retour au calme et l’émergence d’une pensée sur soi.

 

Synnewa Meyer (Psychomotricienne)

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3 Responses to Le corps…parlons-en!

  1. lou says:

    À 16 ans je faisais 1m62,5 pour 37kg PARCE QUil s etait passé des choses pendant l’été..
    puis
    -mes parents me gueulaient systematiquement dessus
    -mes amis se sont éloignés

    Merci à ma mega best grâce à son soutiens je me suis à peu près éloignée de ce TCA
    j’ai une vie super cool depuis mais là je me trouve grave grosse again!

    Comment se prendre en main SANS PLONGER?

    • Aude REHAULT says:

      Bonsoir,

      Avez-vous fait un travail corporel? Il ne s’agit pas de « s’accepter telle que l’on est »! Il s’agit de réhabiter son corps ; de ne plus le mettre de côté lorsqu’il fait mal ; d’en prendre soin ; de l’écouter lorsqu’il dit quelque chose ; de trouver cette harmonie entre le corps et l’esprit qui permet de s’adapter à l’autre, de prendre les bonnes décisions…

  2. Charlotte says:

    Bonjour,

    Je me passionne beaucoup pour tout ce qui touche à la psychologie, la psychiatrie c’est pourquoi j’ai 2 petites questions :

    Tout d’abord, une adolescente mince ou menue se trouvant grosse et donc complexée, peut-elle basculer obligatoirement dans l’anorexie si elle décide de suivre un régime, bien qu’elle n’en n’a pas besoin ? ou est-ce « normal » à l’adolescence ?

    De plus étant ado (il y a 12 ans maintenant), j’avais fait un « régime » pendant 2 semaines pensant me trouver mieux après alors que malheureusement mes complexes physiques ce sont aggravés par la suite ce qui m’a plongé dans une déprime. Comment savoir à l’avance qu’un régime peut être susceptible de renforcer nos complexes ou d’en créer de nouveaux ? (PS : je n’ai jamais été anorexique).

    Je vous remercie par avance.

    Au plaisir de vous lire.

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